Crise du carburant : et si la réponse était sur le toit ?
La coupure du brut saoudien vers l'Europe a fait flamber le gazole et l'essence. L'exemple d'une camionnette de livraison montre ce que coûte la dépendance au pétrole et le rôle que peuvent jouer le solaire, les batteries et l'électrification.
Faire le plein d'une camionnette diesel en Espagne coûte aujourd'hui environ 104 €. Il y a un an, c'était 77 €. Soit 27 € de plus à chaque passage à la pompe, et ce avec la remise fiscale de 20 centimes par litre appliquée ce mois-ci.
Ce qui se passe
En septembre, une attaque de drones a endommagé le principal oléoduc d'Arabie saoudite, celui qui achemine le brut vers la mer Rouge. Aramco a prévenu plusieurs raffineries européennes qu'elles ne recevraient pas leurs cargaisons d'octobre. Cela s'ajoute à ce qui pesait déjà : un trafic pétrolier quasi paralysé à Ormuz par le conflit au Moyen-Orient, des raffineries russes à l'arrêt et moins de gazole importé dans toute l'Europe.
Résultat :
- En France, environ 17 % des stations-service ont eu du mal à fournir au moins un carburant, et le gazole a dépassé 2,40 €/l. Les transporteurs espagnols font désormais le plein avant de passer la frontière.
- L'Espagne résiste mieux grâce à sa capacité de raffinage et à 90 jours de réserves stratégiques, mais elle importe la quasi-totalité du brut qu'elle consomme. L'approvisionnement est assuré ; le prix, non.
- À la mi-octobre, le gazole est autour de 1,89 €/l et l'essence de 1,79 €/l, après avoir frôlé ou dépassé 1,90 €.
Ce qui arrive
En Espagne, la remise fiscale passe de 20 centimes en octobre à 13 en novembre et 6 en décembre, sauf nouvelle flambée du pétrole. Autrement dit, même si le brut se calme, le litre peut prendre 14 centimes d'ici la fin de l'année du seul fait du retrait de l'aide. Et la hausse ne reste pas à la pompe : le transport renchérit le panier de courses, la pêche, l'agriculture et tout ce qui voyage en camion.
Un exemple chiffré
Une entreprise avec une camionnette de livraison qui parcourt 25 000 km par an à 8 litres aux 100 km :
| Poste | Il y a un an | Aujourd'hui |
|---|---|---|
| Litres par an | 2 000 l | 2 000 l |
| Prix du gazole | ~1,40 €/l | ~1,89 €/l |
| Dépense annuelle en carburant | ~2 800 € | ~3 780 € |
Près de 1 000 € de plus par camionnette, sans un kilomètre de plus. Avec une flotte de dix, cela fait 10 000 € par an suspendus à ce qui arrive à un oléoduc situé à 5 000 km.
La même camionnette en version électrique consomme environ 20 kWh aux 100 km, soit quelque 5 000 kWh par an :
| Mode de recharge | Coût indicatif de l'énergie | Dépense annuelle |
|---|---|---|
| Réseau, tarif entreprise | ~0,15 €/kWh | ~750 € |
| Panneaux solaires propres + batterie | ~0,05–0,07 €/kWh | ~250–350 € |
Chiffres indicatifs, hors coût du véhicule, de la borne et de l'installation. Ils donnent un ordre de grandeur, pas une décision.
Pourquoi des renouvelables flexibles
Les panneaux seuls ne suffisent pas. Le soleil produit à midi, la camionnette se recharge la nuit ; l'entrepôt consomme dès le matin et le chauffage s'allume au crépuscule. Ce qui fait du solaire une vraie alternative au pétrole, c'est la flexibilité :
- Les batteries : elles stockent l'énergie de midi pour l'utiliser quand il le faut.
- Les consommations déplaçables : recharger les véhicules, chauffer l'eau ou climatiser aux heures où l'énergie est la moins chère ou autoproduite.
- Électrifier ce qui brûle du carburant aujourd'hui : flottes, chariots élévateurs, chaudières, pompes d'irrigation.
L'Espagne a ici un avantage. En 2021, le gaz fixait le prix de l'électricité plus de la moitié des heures ; dans les premiers mois de 2026, seulement environ 9 %, grâce à l'essor de l'éolien et du solaire. Tandis que le pétrole dépend d'Ormuz et de la mer Rouge, une bonne part de notre électricité dépend du soleil et du vent locaux.
Conclusion
Cette crise passera, comme celle de 2022. Mais chacune laisse la même leçon : ce que l'on brûle s'achète à l'étranger, au prix du moment. Ce que l'on produit et stocke soi-même a un coût connu pendant 25 ans. Il ne s'agit pas de tout changer demain, mais de commencer par ce qui pèse le plus sur la facture : mesurer les dépenses de carburant et d'électricité, voir ce qui peut être électrifié, et dimensionner le solaire et le stockage pour le couvrir. Cette analyse est précisément le point de départ.
Sources : Bulletin pétrolier de l'UE (données publiées le 15/10/2026), ministère espagnol des Finances (décret-loi royal du 29/09/2026), Ember (rapport de juin 2026), déclarations du gouvernement français rapportées par la presse (22/09/2026).